1920-2001

Le 3 mars 2001, l'ergothérapie a perdu l'une de ses pionnières la plus passionnée et dévouée en la personne de la Dre Thelma Cardwell. Lors de ses funérailles, qui
ont eu lieu le 7 mars dernier, la Dre Judy Friedland a prononcé l'oraison suivante.

Je suis honorée d'avoir été choisie pour parler de Thelma et je vais tenter de souligner aujourd'hui le grand don qu'elle a fait à tous ceux qui l'ont connue.
Je parle en tant que représentante de la profession d'ergothérapie, en tant que collègue et en tant qu'amie.

Je connais Thelma depuis mes années d'études à l'University of Toronto, à la fin des années cinquante. Lorsque j'ai rencontré Thelma pour la première fois, elle était enseignante. Bien qu'elle ait dû enseigner de nombreuses matières, je me souviens particulièrement du cours sur la santé mentale. Elle était très douée pour transmettre des connaissances complexes tout en montrant de la compassion ainsi qu'une croyance profonde en l'ergothérapie et ses bienfaits. En tant qu'étudiants, nous avions l'impression de découvrir un nouveau monde fascinant. Elle nous a enseigné à montrer à nos patients notre intérêt sincère, à aborder notre travail avec confiance et à considérer le patient dans sa globalité. Elle était toujours bien préparée et nous étions tous remplis d'admiration pour "Mme Cardwell". Je dois également ajouter que la grâce naturelle de Thelma ajoutait une autre dimension à ses paroles empreintes de sagesse. À cette époque, dans les "unités résidentielles" de Devonshire, il n'était pas si simple d'évoluer avec grâce. Thelma portait des vêtements élégants avec grâce. L'importance qu'elle accordait à son apparence ne s'est jamais démentie. Bien sûr, il lui a fallu du temps pour accepter l'idée que le port du pantalon n'était pas réservé exclusivement à la maison de campagne et qu'on pouvait également le porter pour "sortir".

J'ai revu Thelma de temps en temps après ma graduation en 1960, mais à cette époque, je n'entretenais pas de liens étroits avec elle. Bien sûr, je savais qu'elle commençait à faire sa marque au sein de la profession aux échelons national et international. Ce n'est qu'en 1982, alors que Thelma agissait à titre de directrice de la Division of Occupational Therapy de l'University of Toronto, qu'elle m'engagea pour enseigner et que nous avons renoué nos liens d'amitié. Au cours des dix dernières années - Thelma, Isobel et moi sommes devenues particulièrement liées. La dernière fois que j'ai vue Thelma, c'était il y a deux semaines, à l'Hôpital général North York. Elle était très faible, avait une terrible toux et presque tous les organes de son corps l'avait abandonnée. Pourtant elle était encore elle-même. Elle a fait du chichi à propos de fleurs que j'avais apportées et a indiqué à Isobel l'endroit exact où il fallait les placer. Elle voulait savoir ce qui se passait à l'Université. Elle s'excusait lorsqu'elle demandait quelque chose, ne voulant pas être une source de tracas. Sa voix, habituellement forte, était douce, mais encore claire et chaleureuse. Elle semblait endurer sa douleur et son inconfort avec le calme et la dignité dont on la savait capable, peu importe les circonstances.

Mais, revenons un peu en arrière, pour combler quelques vides au sujet de cette femme extraordinaire dont nous célébrons et honorons la vie aujourd'hui. Après avoir obtenu son diplôme en ergothérapie à l'University of Toronto en 1942, Thelma a travaillé dans plusieurs hôpitaux de Toronto. Elle compte parmi les premières ergothérapeutes ayant travaillé à l'étranger en 1944 à titre d'officiers commissionnés par le Corps de l'Armée royale canadienne. Sa carrière dans l'enseignement a commencé à son retour à Toronto en 1945 et, après une courte absence, elle est demeurée à l'University of Toronto jusqu'à sa retraite précoce, en 1983.

Thelma a grandement contribué à l'avancement de la profession au cours de cette période de 40 ans. La liste de ses réalisations est longue et imposante. Bien qu'elle ait travaillé avec l'Association canadienne des ergothérapeutes (ACE) pendant presque toute la durée de sa vie professionnelle, jouant plusieurs rôles, dirigeant des comités et siégeant au conseil de direction, elle a accompli l'une de ses plus grandes réalisations lorsqu'elle a été élue première ergothérapeute présidente de l'ACE. Même si cela peut nous sembler étrange aujourd'hui, avant que Thelma devienne présidente, tous les présidents de la Fondation avaient été des médecins, de 1926 à 1966.

De la même manière, Thelma a consacré une bonne partie de son temps à la Fédération mondiale des ergothérapeutes (FME), d'abord pour participer à l'établissement de la Fon
dation puis pour aider la Fondation à obtenir le statut d'organisme non gouvernemental au sein de l'Organisation mondiale de la santé. Elle a contribué à renforcer les assises de la FME et pendant six ans, elle en a été la secrétaire trésorière. Lorsqu'elle a quitté ce poste, on a reconnu la stabilité que la FME avait acquise à travers elle, la précision de son travail et sa vision d'avenir. En 1967, elle a amorcé un mandat de cinq ans à titre de présidente de la FME. Lors de sa dernière réunion à titre de présidente en 1972 à Oslo, en Norvège, elle a reçu une bourse honorifique en reconnaissance de son apport remarquable. Ses 12 ans de service constituent un record dans les annales de la Fédération. Pendant ce temps, Thelma travaillait toujours à temps plein comme membre du corps professoral de l'University of Toronto et elle maintenait bien entendu un rôle actif au sein de l'ACE. Avec toutes ces réalisations, il n'est pas surprenant qu'elle ait reçu, en 1977, la médaille commémorative du règne de la Reine.

Bien sûr, Thelma a reçu de nombreux honneurs en raison de ses nombreuses réalisations. En reconnaissance des services rendus à la profession, Thelma a été nommée membre à vie de la Ontario Society of Occupational Therapists, de l'ACE et de la FME. En 1983, la bourse Thelma Cardwell a été créée par l'ACE en honneur de ses contributions et, la même année, ne se reposant pas sur ses lauriers et reconnaissant le besoin d'augmenter les recherches au sein de la discipline, Thelma a participé à la création de la Fondation canadienne d'ergothérapie. En 1985, Thelma a reçu un Doctorat honorifique de la Dalhousie University. Ce diplôme ne reconnaissait pas seulement ses réalisations professionnelles passées mais également l'appui qu'elle avait offert lors de l'élaboration de ce nouveau programme. L'acquisition du titre honorifique de Docteure a été une source immense de fierté pour Thelma et elle chérissait tout parti-culièrement cet honneur. En 1997, l'University of Toronto a établi The Thelma Cardwell Lecture Series, pour exprimer sa gratitude envers Thelma et pour reconnaître ses réalisations.

Bien que les réalisations de Thelma nous inspirent le plus grand respect, nous célébrons aujourd'hui quelque chose d'encore plus grand. Nous célébrons une femme qui était adorée de tous. Nous étions privilégiés de la connaître. Thelma était à la fois pionnière et leader et elle offrait toujours volontiers son soutien et son en-thousiasme. Elle montrait de la compassion et de la confiance. Elle respirait le calme. Elle semblait toujours confiante mais n'exprimait jamais un excès de confiance. Elle faisait toujours ses devoirs et était toujours bien préparée. Elle offrait généreusement son temps et ses connaissances. Elle partageait volontairement et humblement la sagesse qu'elle avait acquise. Ses réalisations ont été reconnues, mais elle ne recherchait jamais la reconnaissance. Elle a accompli son devoir sans égoïsme, pour le bien de la profession. Elle avait un grand sens de l'humour et du plaisir. Elle était toujours facile d'approche et, vraiment, lorsqu'on pense à Thelma dans le cadre d'événements professionnels, on la voyait toujours entourée d'anciens étudiants et collègues, qui se sentaient toujours "unique" en sa compagnie. Elle se faisait des amis partout où elle passait. Isobel et la famille de Thelma recevront encore longtemps des messages de tristesse et de célébration, de la part d'amis des quatre coins du monde.

Thelma était dévouée envers la profession, ses amis, sa famille et en particulier envers Isobel. L'équipe formée par "Thelma et Isobel" était une force puissante; elles se complétaient et s'appuyaient l'une l'autre et se dévouaient corps et âme pour l'University of Toronto et pour la profession. Bien que le départ de Thelma nous peine profondément, cette peine sera encore plus grande pour Isobel, qui n'a jamais quitté le chevet de Thelma au cours des six derniers mois.

Thelma a interpellé les ergothérapeutes afin qu'ils s'expriment et qu'ils soient confiants lorsqu'ils représentent leur profession. Heureusement, Thelma nous a donné l'exemple. Merci Thelma, pour ton leadership durable et fort, pour ton encadrement, ton inspiration et ton amitié. Tout comme tu étais fière de ta profession, nous sommes immensément fiers de toi.